L’adieu à Lila » Colline Hoarau

Editeur : Editions Dédicaces

Livre : ICI

La mère disparaît et les souvenirs qui reviennent : une famille de la Réunion, les frères, les sœurs, les jalousies, les injustices et la mère qu’il faut enterrer après lui avoir pardonné. C’est ce que saura faire Isabella, la résiliente. Cette journée particulière permettra de voyager dans « le temps longtemps », dans une île de l’Océan Indien, bien rarement décrite. Une journée où tous se retrouvent autour de Lila. C’est un voyage, au cœur de l’île de la Réunion, dans la famille réunie pour la première fois. Isabella photographie ou filme. Chaque personnage passe devant l’objectif à tour de rôle, avec les imperfections que le regard de l’autre saisit. Les portraits sont drôles ou acides. On lit ce livre comme on feuillette un album. Sensible, humain, ce récit touche et nous fait réfléchir.

 

⭐⭐⭐⭐⭐

Moi qui suis maman de deux garçons, ce roman de Colline Hoarau m’a réellement touchée, il m’a poussé à me poser certaines questions sur mon identité de mère, sur ma manière d’élever mes enfants, sur l’affection que je leur porte.

A travers ce roman, c’est une réelle réflexion qui se met en place. Lila a eu plusieurs enfants, huit ce n’est pas rien, elle ne les a pas aimé de la même manière, ou à différents niveau, et cela a eu des répercussions sur leur évolution, leur manière de voir la vie, leur vision de la vie d’adulte. Voilà où ce roman m’a poussée à me poser des questions, est-ce que je donne le même amour à mes enfants, d’après moi oui, je n’ai jamais fait de différence entre eux, je les aime de la même manière, je ne vois pas pourquoi je ferais différemment avec un ou l’autre. C’est là ma manière de voir, mais est-ce la réalité ?

Ce que j’ai principalement apprécié, c’est le fait que nous ne sommes pas dans le jugement, en ce jour de deuil, ils ne sont pas là pour juger le comportement de Lila. C’est le moment propice de faire le point, de faire remonter les souvenirs, de réussir à pardonner. Quelque part, c’est une famille détruite de par les agissements de la mère, mais n’est-il pas temps de passer à autre chose, de passer par-delà les rancœurs ?

Un point qui est assez intéressant, c’est la manière dont l’auteure a construit ce roman. Nous n’avons pas un seul point de vue, mais plusieurs, et à travers les chapitres assez courts, nous apprenons à mieux connaître chacun d’entre eux, à les comprendre. Au départ, cela m’a un peu déstabilisée, je ne suis pas habituée à ce genre de narration multiple, mais honnêtement, cela rend l’histoire plus profonde, comme si rien ne pouvait passer entre les mailles du filet, qu’aucune information ne peut passer inaperçue.

A plusieurs reprises, j’ai eu l’impression que ce n’était pas qu’un simple roman, qu’une simple histoire, mais que c’était beaucoup plus que cela, peut-être que je me trompe et que ce n’est réellement qu’une fiction. Si ca l’est, eh bien je ne peux que féliciter Colline Hoarau d’avoir réussi à me faire ressentir tout ce récit comme une chose beaucoup plus personnelle. C’est vrai que c’est un roman court, mais je l’ai ressenti tellement intensément qu’il aurait pu faire 500 pages sans que cela en devienne gênant ou lourd.

Pour moi, c’est un excellent livre que je conseille vivement de découvrir.

A la Réunion, on n’attend pas pour enterrer ses morts. Sous les tropiques, traditionnellement, avec la chaleur, les morts doivent vite disparaître. Pas plus de deux ou trois jours après. Juste le temps d’attendre que tous puissent traverser la mer. D’ailleurs, un dispositif national permet aux endeuillés des DOM d’obtenir un billet rapidement pour les funérailles d’un membre de leur famille. On attend ceux qui sont loin. La présence de chacun est indispensable. Comme si on n’enterrait pas tant que tous n’étaient pas présents.

Merci à Colline Hoarau pour sa confiance.

A propos de Alouqua

Depuis toujours j'adore lire, déjà enfant il m'était impossible de me passer d'un livre. Quand à partager mes avis, eh bien je l'ai toujours fait, c'est donc devenu pour moi une évidence d'ouvrir un blog. J'ai l'avantage de lire un peu de tout, je n'ai jamais aimé me restreindre, en quoi que ce soit.

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