Rubiel e(s)t moi » Vincent Lahouze

Editeur : Michel Lafon

Livre : ICI

Une nouvelle voix unique.

 » Si je devais me souvenir d’une chose, d’une seule chose, ce serait la vision des murs gris de l’Orphelinat du Bienestar de Medellin et des portes qui claquaient lorsque nous courions dans les couloirs, le bruit sourd de mes pieds nus sur le parquet de bois délavé et poussiéreux. Oui, d’aussi loin que je me souvienne, la couleur n’existait pas.

Je suis né en Colombie, à la fin de l’année 1987, mais je n’ai commencé à vivre qu’en 1991. « 

 

⭐⭐⭐⭐, 5

Ce roman n’en est pas vraiment un, il n’est pas non plus une autobiographie. Rubiel e(s)t moi se situe à mi-chemin, comme le dit si bien Vincent Lahouze, c’est une autobiographie fictive.

Qu’aurait été la vie du petit Rubiel si celui-ci était resté en Colombie, s’il n’avait pas été adopté ? Je pense que chaque enfant adopté se pose un jour la question de savoir ce qu’aurait été sa vie, ce qu’il ou elle serait devenu, aurait-il ou elle fini par être adopté par une autre famille ? Un enfant adopté peut se poser des tas de questions sur cette vie qui ne sera jamais la sienne, mais qui peut dire avec certitude comment elle aurait pu être ?

Alors oui, tout cela n’est forcément que fiction, mais pourquoi ne pas se servir de cette fiction pour tenter d’imaginer la personne que l’on aurait pu être. Mais si justement faire vivre cet enfant, lui inventer une vie, est-ce que quelque part ce n’est pas malsain ? Le petit Rubiel fait partie de l’homme qu’est devenu Vincent, pourquoi leur donner deux histoires tellement différentes ? Un exutoire ? Une manière d’exorciser cet enfant qui était peut-être voué à une vie de misère et confrontée à la mort ?

Au final, quelles que soient les raisons, le résultat est un livre très prenant à lire, émouvant. Le style est parfois un peu perturbant avec des phrases hyper longues et parfois sans ponctuation comme les virgules. Mais l’auteur a une plume qui claque, qui dit ce qu’elle a à dire, elle est incisive, elle peut se montrer poétique à certains moments, et tellement tranchante à d’autres.

J’ai découvert Vincent avec ce lire, et je sais que maintenant je vais suivre son actualité et ses écrits.

Les joues de Rubiel ruisselaient de larmes. C’était donc cela, sa destinée. S’attacher, créer des liens et les voir se rompre brutalement par la violence des autres ? Voir chaque personne qu’il aimait disparaître de sa vie ou mourir ? Il se releva en hurlant.

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Je suis à la fois français, mais avec ce foutu cheveu sur la langue qui me rappelle que je ne suis pas d’ici dès que j’ouvre la bouche. Et je suis à la fois ce Colombien d’origine, qui ne sait rien de sa terre natale, qui a honte de dire d’où il vient, qui ne parle pas un mot d’espagnol quand on s’imagine qu’il est parfaitement bilingue. J’ai honte d’être avec des personnes qui parlent ma langue natale sans difficulté alors que je ne sais plus rien dire. J’ai l’impression d’être un imposteur où que j’aille, où que je sois.


Merci à Camille et aux éditions Michel Lafon pour leur confiance.

A propos de Alouqua

Depuis toujours j'adore lire, déjà enfant il m'était impossible de me passer d'un livre. Quand à partager mes avis, eh bien je l'ai toujours fait, c'est donc devenu pour moi une évidence d'ouvrir un blog. J'ai l'avantage de lire un peu de tout, je n'ai jamais aimé me restreindre, en quoi que ce soit.

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