Etoile de Brume > Lily R. Davis

51RPCvzbQOL« C’est comme si on m’avait fait un don. Un don qui m’a été arraché, me laissant bancale dans un monde qui ne veut pas de moi. »

Elle s’appelle Brume, un prénom étrange que sa grand-mère lui a donné. Brume… comme la couleur de ses yeux et de toutes ces pensées dans lesquelles elle se perd.

Elle s’appelle Brume, cette jeune femme particulière, cette jeune femme malade. Elle avance sur le campus de Berkeley en rêvant d’être comme tout le monde. Il lui arrive parfois de le croire durant quelques heures. Jusqu’à ce que l’alarme de son téléphone se déclenche, lui rappelant son traitement à prendre.

Elle s’appelle Brume… Indécise et insoumise Brume… Elle partage son temps entre ses cours de philosophie, ses toiles inachevées, sa grand-mère et son cousin Finn, gardiens de ses secrets, et ses amis qui la comprennent sans vraiment la connaître.

Un jour, elle rencontre Jensen et avec lui l’espoir d’un bonheur qu’elle a longtemps cru lui être interdit. De ses faiblesses, il construira ses forces. De ses peurs, il tissera ses certitudes. De ses errances, il créera son refuge. De ses cris, il inventera ses silences.

Avec lui, elle n’aura plus jamais ni à se taire ni à se cacher.

Paru le 11 octobre 2017, Collection Infinity.


L’avis de Marlène – Note ❤❤❤

Lire ce roman fut intense, très intense. Cette histoire aborde un thème qui me touche de très près. J’ai été confronté à la bipolarité, j’ai ressenti des émotions parfois indéchiffrables pour comprendre mon père qui était bipolaire. Ce roman, il fallait que je le lise, j’ai été de suite attirée par l’originalité du thème traité par l’auteure. C’était un pari très osé de mettre en scène une héroïne bipolaire, et je peux vous dire que ce roman offre au lecteur une palette incroyable d’émotions. Je pense que vous devez vraiment mettre de côté vos a priori sur la bipolarité, souvent très mal perçue par ceux qui ne connaissent en rien les tenants et les aboutissants de cette maladie.

Le résumé m’a tout de suite convaincue que cette histoire allait être abordée avec beaucoup de tact, de sensibilité et d’intensité. Mais j’étais très loin de m’imaginer être totalement emportée dans le tourbillon de la vie de Brume… J’avais envie de la suivre au quotidien, aux prises avec ses démons intérieurs, en proie à un espoir qui pourrait naître de sa rencontre avec Jensen.

Brume, notre héroïne, est une jeune femme exceptionnelle, elle est intelligente, passionnée, un peu fantasque et tout simplement particulière aux yeux des autres, aux yeux de ceux qui ne savent pas qu’elle est malade. Elle pourrait passer pour une originale tant que les médicaments musellent ses phases maniaques et ses phases de profondes dépressions. Brume a besoin de normalité dans sa vie, mais que peut-on qualifier de normal ? Elle va à l’université, elle étudie la philosophie, elle a l’âme d’une artiste qui se perd dans ses peintures, abreuvant ses toiles de tout ce qui la stimule. Et depuis sa rentrée à l’université et sa rencontre avec Jensen, c’est lui qui occupe toutes ses pensées, c’est, malgré tout ce qu’il lui apporte, lui aussi qui fait renaître ses vieux démons, tapis dans l’ombre, n’attendant qu’une incertitude, qu’une crainte ou un choc trop intense pour la faire retomber dans l’excès. Jensen va lui apporter de l’espoir mais aussi faire resurgir certaines peurs, alimenter son instabilité… Mais c’est sans compter sur la force tranquille de Jensen qui sera là au moindre faux pas, à la moindre part d’ombre de Brume.

Ce roman n’est pas une simple romance, ce livre transmet un message de tolérance et d’acceptation. La bipolarité est une maladie méconnue, je sais ce que les gens en pensent, comment ils jugent les personnes atteintes de cette maladie, sans savoir réellement de quoi il est question. Je me suis tout de suite attachée à Brume, et ce, grâce au style singulier de l’auteure. On est comme transporté dans le subconscient de cette héroïne, je vous en convient qu’à certains moments c’est très perturbant car on se retrouve dans sa tête, on vit avec elle son quotidien, ses angoisses, ses peurs et ses espoirs. J’ai été très touchée par son histoire, et sa relation avec Jensen. Cette romance qui flirte avec une réalité saisissante est un véritable coup de cœur pour moi. J’ai été percutée de plein fouet pour ce récit, évident comme un écho à ma propre relation avec cette maladie, j’ai été infiniment compréhensive envers Brume, adoptant un peu l’attitude de Jensen envers elle, j’ai adoré le cheminement de l’histoire, malgré l’aspect déchirant et dramatique de certains rebondissements qui éclairent le lecteur sur ce que cette maladie implique dans la vie du malade.

On début le roman avec une explication très claire de la part de l’auteure, elle nous averti sur le sujet qu’elle traite dans son roman. Elle sensibilise le lecteur dès les premières lignes, et pour tout vous dire, j’ai été suspendue à ses mots du début à la fin, j’ai souffert avec nos personnages, mais j’ai aussi aimé et ressenti énormément d’émotions diverses et variées. J’ai eu de nombreuses pensées pour mon père durant ma lecture, comprenant la vie de Brume, j’avais envie d’être là pour elle, de l’encourager dans ses rêves, en gardant toujours à l’esprit que cette maladie est sournois et qu’elle est difficile à vivre. Les personnages de ce roman nous emmènent dans un récit très complexe. Nos héros centraux sont très importants et apportent leur lot de peines et de joies. Je me suis beaucoup attachée à Finn, le cousin de Brume. Je l’ai trouvé tellement vrai, généreux et aimant. Sa relation avec Brume est très particulière, presque fusionnelle, il est son équilibre, celui à qui elle peut tout dire sans avoir peur d’être jugée. Bien sûr, je me suis aussi attachée à la grand-mère de Brume, j’aurais donné n’importe quoi pour avoir une grand-mère comme elle, tel un phare dans l’obscurité, car c’est ce qu’elle est pour Brume. C’est aussi chez elle que notre héroïne se réfugie quand c’est trop dur d’exister auprès de personnes qui ne sont pas au courant de sa maladie. J’ai aimé chacun des personnages, différemment, car ils apportent tous leur pierre à l’ouvrage. J’ai compris leur réaction, leur personnalité mais  j’ai parfois ressenti de l’amertume et de la colère envers certains d’entre eux, tout en comprenant leur façon d’agir et de réagir, car le contexte est particulier, délicat et qu’il faut avoir les épaules solides pour apporter son aide à son prochain, surtout quand la dite personne ne souhaite pas être aider.

L’auteure met en lumière une maladie méconnue dans un scénario exceptionnel. A mes yeux, tout y est ! Elle a fait le tour de beaucoup de situation qui vont survenir dans la vie de Brume, nous mettant face à nos émotions. L’aspect psychologique est très intense, vous vous en doutez vu le thème, l’approche de l’auteure est hypnotique, on se fond dans les méandres de l’esprit de Brume, se déconnectant parfois totalement de la réalité, cherchant du réconfort dans un monde rempli de vide, dans un monde où elle ne serait Brume, la fille bizarre qui vit un peu trop vite, un peu trop intensément. La dynamique de la romance est unique, elle prend en compte énormément de paramètres, elle se développe avec douceur, sensibilité et compréhension. J’ai de suite adoré le personnage de Jensen, même si je vous avoue que j’ai douté de ses intentions vis à vis de Brume. Mais l’auteure nous propose un récit très complet, au fil des pages, au cœur de la tourmente, on apprend beaucoup sur nos protagonistes, sur leur histoire, leur passé et leur façon d’appréhender l’avenir. Elle nous transmet d’autres messages à travers le quotidien des personnages secondaires, toujours en corrélation avec la vie de Brume, car tout les gens qui gravitent autour d’elle se retrouvent inévitablement au cœur de ses démons.

Ce roman, j’appréhendais tout de même de le lire, de mon point de vue, il a forcément eu un goût différent par rapport à un lecteur lambda qui n’a jamais été confronté à la bipolarité dans son entourage. J’ai mon point de vue « extérieur », car j’ai été celle qui vit au quotidien avec une personne ayant cette maladie, je me suis sentie vraiment concernée par la vie de Brume, étant parfois très mal émotionnellement, ce roman m’a rappelé certaines choses de mon passé, et vous savez quoi, je n’ai jamais gardé de mauvais souvenir de mon père, j’ai toujours fait en sorte de me remémorer les bons moments, car après tout, ils étaient nombreux aussi.

La plume de l’auteure est singulière, unique en son genre avec un côté poétique et un peu lyrique. Vivre cette aventure avec Brume c’est poser un regard bienveillant sur quelque chose que l’on est pas à même de comprendre. J’ai aimé le style de l’auteure, sa façon d’emporter le lecteur, sa façon de fondre la réalité avec la fiction. Sa façon d’aborder ce thème si mal perçu. Les détails sont saisissants car ils se fondent dans l’histoire, on ne ressent pas de lourdeur dans l’histoire, on ne tourne jamais en rond, on progresse dans un récit dont il est impossible de deviner l’issue finale. Le roman est scindé en plusieurs parties, comme des étapes dans la vie de Brume. On la suit dans ses phases de manie et de dépression, c’est vraiment percutant. J’ai pleuré à plusieurs reprises, j’ai été assaillie par beaucoup d’émotions jusqu’à parfois ressentir une sensation d’étouffement, comme-ci j’arrivais à ressentir la détresse de Brume. Lily R. Davis ne surjoue pas, jamais, elle nous plonge dans un univers fantasque, très bien exploité pour que le lecteur se sente en osmose avec l’histoire. Comme je l’ai dit, le style est particulier, mais je n’ai eu aucun mal à m’y faire, au contraire, j’ai aimé cette différence, cette écriture à fleur de peau, intense et ô combien représentative de la particularité de Brume. Cette héroïne passionnante, attachante et pleine de fêlures. 

L’auteure ne nous vend pas du vent. Elle nous plonge dans une histoire sensationnelle, vous allez très certainement être perdus au milieu des émotions qui se dégagent de cette histoire, car il n’est pas aisé de se positionner face à ce que nos personnages vont vivre. Pour moi, ce roman est un vrai chef-d’oeuvre. Vous allez être secoués, sachez-le, ce récit n’est pas enjolivé, j’ai été frappé par le côté « vrai » et « poignant » de cette romance, les sentiments amoureux viennent sublimer l’ensemble avec beaucoup de douceur qui contrebalance très bien avec le tempérament incontrôlable de notre héroïne et l’aspect dramatique du récit.

J’espère sincèrement que vous aurez envie de découvrir ce roman, pour son unicité et son originalité, pour le message qu’il transmet, pour le thème peut usité que l’auteure a abordé ! J’espère que vous aurez envie de découvrir la vie de Brume, cette jeune femme unique et particulière qui se débat avec ses émotions, sa vie et ses rêves. J’espère aussi que vous aborderez ce roman avec toute la considération qu’il mérite, car je vous assure que vous en ressortirez grandit, ce roman nous « montre » certaines facettes de la bipolarité, j’ai trouvé que l’auteure est restée juste du début à la fin, en restant crédible et cohérente, tout en nous faisant rêver avec son héroïne et son héros hors du commun.

En bref, vous l’aurez compris, ce roman a eu un impact particulier sur moi. Le coup de cœur s’est fait sentir très rapidement, à mesure que j’ai fais connaissance avec Brume, Jensen et tous les autres personnages. La plume de l’auteure est poétique, unique et libre de droit, ce roman sera perçu différemment d’un lecteur à l’autre, Lily R. Davis nous propose une romance percutante, menée tambour battant, mise en scène avec beaucoup de tact, le récit est parfois violant et perturbant, mais toujours avec cette pointe d’espoir et de petits bonheurs à venir. Ce roman restera pour moi particulier, un petit chef-d’oeuvre à découvrir sans aucune idées préconçue sur un thème encore très controversé. La littérature nous prouve que les mots sont de véritables armes mais qu’ils peuvent aussi être source d’un grand bonheur et d’émotions d’une rare intensité. Pour moi, un roman inoubliable et incontournable.


Extrait

Prologue

« Notre amour c’est notre maison, nos pieds peuvent la quitter, mais nos cœurs jamais. »

Oliver Wendell Holmes

Il m’a dit que toutes les histoires étaient aussi des histoires d’amour. Qu’elles faisaient mal et que, malgré tout, on s’y accrochait désespérément. Celle-ci n’est pas différente. Même si, à bien des égards, elle reste unique et exceptionnelle.

C’est l’histoire d’une fille qui s’est longtemps crue condamnée.

Mon histoire.

Vous savez, quand vous êtes au milieu d’une foule et que personne ne vous remarque. Je vivais avec cette sensation. Je la ressentais chaque jour, à chacun de mes pas, où que j’aille. Je m’étais perdue au milieu des autres. Parfois, je rêvais de m’effacer pour de bon. Parfois de me relever et de montrer que je pouvais conquérir ce monde qui ne comprenait rien à ce que j’étais. Ce monde qui m’avait poussé à disparaître. Qui pourrait le lui reprocher d’ailleurs ? Mieux valait l’indifférence ; elle était plus simple. Au départ, c’était douloureux, bien sûr. J’étais tout le temps en colère et triste. Puis, un jour, il y a eu un vide, là où avant il y avait eu la souffrance. Je m’y suis réfugiée. J’ai gardé le silence. J’ai rangé cette partie de moi pour ne plus qu’on la voie. J’aurais voulu être capable de lui échapper pour de bon, mais elle m’appartenait aussi sûrement que chacun de mes gènes.

Elle était l’essence même de mon être.

Son dysfonctionnement.

Après des années dans le Nebraska, coincée dans une petite ville du nom de Geneva où tout le monde se connaît et scrute le moindre de vos gestes, c’était facile de se fondre parmi les milliers d’étudiants de l’université de Berkeley. J’aurais pu être n’importe qui, il était impossible de me distinguer. J’avais remisé mes vêtements vintage et complètement décalés pour arborer fièrement des jeans bleus ou noirs, des chemisiers ou des t-shirts achetés dans ces magasins où vont des centaines de personnes pour avoir les mêmes. Je n’étais qu’une silhouette au milieu d’autres silhouettes. Une étudiante perdue dans les rangées d’un amphithéâtre. Une fille qui marchait sur le campus, d’un cours à un autre. Une petite blonde qui avançait ; souvent trop vite.

La suite a été un hasard. Mais les plus grandes révolutions ne le sont-elles pas, au départ ? Les plus incroyables découvertes et les plus magnifiques chefs-d’œuvre n’ont-ils pas été, à leur naissance, qu’une série de coïncidences et d’erreurs ? Sans elles, j’aurais continué à n’être personne. Sans elles, je ne me serais pas retrouvée là, un jour, alors que ses yeux se posaient sur moi pour la première fois.

Il m’a vue. Et rien que ça, c’était un miracle. De ceux qui font les plus extraordinaires événements. Les plus mémorables. J’ai eu l’impression d’être propulsée sur une scène, tous les projecteurs braqués sur moi. Ce fut brutal et soudain, sans doute. Comme la vie, à bien y réfléchir. J’aurais pu reculer et me fondre dans l’obscurité des coulisses. Disparaître de nouveau et m’éloigner, retournant vers le désintérêt, l’anonymat et ce mensonge que je portais, un voile qui me gardait à l’abri des autres.

Si je l’avais fait, j’aurais pu me préserver de tout ce qui allait découler de ce simple instant. Je me serais épargné toute cette violence et cette douleur. J’aurais aussi perdu, avant même de les connaître, la passion et le bonheur.

Les plus beaux sentiments ne sont pas indolores. Ils entrent profondément en vous, s’imprègnent dans votre âme et dans votre chair. Ils sèment sur leur passage une multitude de cicatrices et quelques larmes. J’ai cru en mourir tellement de fois. J’ai cru ne jamais m’en remettre. J’ai cru ne plus pouvoir ni respirer ni continuer. Mais ai-je vraiment eu le choix ? L’a-t-on d’aimer si fort ?

Il m’a emportée avec lui et ça reste la plus grande de toutes mes folies.

Après les chemins de l’ombre, j’ai connu la lumière…

Je remercie Blandine et la collection Infinity pour leur confiance et la qualité de leurs ouvrages.

 

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